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Hors de l'Ombre : Littérature
Agent Spécial du FBI
Beaucoup moins connu que le personnage qu'il a plus ou moins inspiré, l'agent Will Graham du "Silence des Agneaux", John Douglas présente en deux volumes la réalité de terrain dont s'inspirent tous les auteurs depuis des décennies.
Titre : Agent Spécial du FBI
(tomes 1 et 2)

Auteur : John Douglas

Editeur : Editions du Rocher

Sortie : 1997
Tous Droits Réservés
John Douglas est actuellement un monsieur tout à fait rangé. Il est calme, il donne des conférences, sans doute, à l'occasion, et se tient également au courant des événements de ce monde. Il est à la retraite, malgré son jeune âge. Monsieur John Douglas a connu des temps plus agités. Il y a quelques temps, il faisait partie du prestigieux Bureau Fédéral d'Investigation américain, soit le FBI. Il y est entré à l'époque peu glorieuse du fondateur-dictateur de cette institution, J.Edgar Hoover. John Douglas a connu les derniers soubresauts des tendances les plus noires de ce qui était alors une police politique. Mais J.Edgar Hoover est mort, John Douglas a pu en constater les effets. Le FBI s'est recentré. L'espionnage des "ennemis de l'intérieur" a passé de mode. On est revenu à de bonnes vieilles missions de police.

Et, tandis qu'il montait en grade, John Douglas a fortement contribué à la création et à l'aboutissement de l'une des plus célèbres unités de formation et de recherche du FBI : l'Unité des sciences du comportement, à Quantico, en Virginie. Un sous-sol sans fenêtre. Un endroit connu comme Baker Street depuis que le cinéma, après la littérature, l'aient fait entrer sur la mappemonde de l'imaginaire noir. Tout le monde y passe à présent, mais le premier fut un jeune auteur qui fit succès, un certain Thomas Harris. Le jeune homme voulait savoir ce qu'était vraiment un agent du FBI qui court derrière un tueur en série, un maniaque sexuel, un criminel que la société veut voir comme "fou". Il en sortit transformé, ses œuvres également. Quand on fit passer ses héros de la page à l'écran, on retourna voir John Douglas. Le réalisateur. Les acteurs. Le résultat de cette rencontre est criant de vérité, et a suscité de nombreuses vocations. C'est normal, John Douglas leur avait fourni une matière qui ne laissait guère place à l'extrapolation. Sa vie.

L'arrière du décor. Les deux volumes (Agent Spécial du FBI : J'ai traqué des serial killers et Agent Spécial du FBI : Enquêtes sur les serial killers), coécrits par Mark Olshaker, se démarquent d'emblée de tout voyeurisme malsain. John Douglas explique et organise son propos avec toutes les précautions qui interdisent au fan de gore "pour de vrai" d'y trouver son compte de petits frissons vite gagnés. Bien sûr, il ne s'agit pas d'une biographie. Comme l'indique le premier volet, Douglas a "traqué des serial-killer", et, faute de le voir en action, nous auront droit au récit de ses aventures. Mais l'homme est intelligent et responsable : pas de bonnes et effrayantes histoires pour frissonner au coin du feu. Pas de détails glauques ou d'épanchements larmoyants. Pas de plaidoyer non plus. John Douglas ne parle pas que des criminels sexuels. Il parle de ce que c'est que de les traquer, de ce qu'on y perd, du peu qu'on y gagne, et, en creux, de l'insondable horreur que provoque le mystère du tueur en série.

A travers le récit d'éléments de sa biographie, on découvre comment l'Unité des Sciences du Comportement fut créée, ainsi que les méthodes d'investigation de cette dernière. Nostalgiques de Maître Sherlock, ces ouvrages sont pour vous. La soin apporté à chaque enquête, ainsi que le professionalisme des agents impressionne et surprend toujours. Très loin de l'émotion, John Douglas, lorsqu'il enquête, affronte chaque détail, chaque indice, mais aussi chaque témoin et chaque suspect avec un calme qui lui permet de voir ce que les autres ne voient pas. Ce détachement apparent, cette lucidité froide, çà n'est pas inné. Cela s'apprend. A Quantico. Ces livres apportent donc au moins la réponse à la question : "Comment peut-on enquêter sur des choses pareilles ?". Ils apportent également la réponse à la question : "Comment peut-on vivre après avoir enquêté sur des choses pareilles ?". Mal. Très mal. A la fin du second ouvrage se dévoile un homme brisé et conscient de l'être, qui n'a pu regarder sa propre famille sans gêne pendant des années.

Le Mal. Douglas apporte surtout de passionants éléments de réponse au mystère soigneusement entretenu qui nimbe du criminel sexuel. Il évoque et décrit les entretiens qu'il mena naguère avec les plus fameux meurtriers, de Richard Speck à Charles Manson. Il nous présente également ce que les criminels n'ont pas toujours avoué, et qui ne peut que laisser mal à l'aise : derrière chaque monstre se cache un homme. Et réciproquement ?
L'on se souviendra alors du pathétique Francis Dollarhyde de Dragon Rouge (Harris). Le Mal, s'il existe, se transmet de génération en génération, aidé par de nombreux facteurs sociaux, culturels, ainsi que conjoncturels. A qui la faute alors ?

Après avoir montré l'inanité de cette question, Douglas aporte des solutions. Le second ouvrage devrait être lu et médité par de nombreux ministres. Lorsque Douglas dénombre les symptômes facilement détectables, chez l'enfant, de troubles graves, la solution apparaît déjà. La formation, bien sûr, mais surtout l'accompagnement des enfants. Les Etats-Unis pèchent, bien sûr au vu de leur incroyable quantité de criminels sexuels. Mais certaines affaires, purement européennes, incitent à regarder dans son assiette.
Sur le traitement à appliquer aux criminels, Douglas s'avère cependant intransigeant, c'est le moins que l'on puisse dire. La seule peine de mort lui paraît la bonne solution. On pourra y voir un trait caractéristique de ses origines. On pourra surtout y voir l'aboutissement d'une carrière destructrice, qui ne lui aura laissé que sa lucidité, mais plus aucune illusion.

L'intérieur du chasseur. Douglas et Olshaker livrent ainsi deux volumes qui se répondent et s'équilibrent. Les deux hommes ne prêchent ni ne condamnent (jamais ou presque). Leur volonté est pédagogique, contrairement à de trop nombreuses publications aux couvertures de plus en plus racoleuses, écrites pour le profit, et exploitant la fascination morbide du public tout en prétendant la dénoncer. Douglas tourne le dos à ces contradictions et nous révèle, pour une fois, ce qu'est véritablement l'intérieur d'un traqueur de serial-killers, et par là-même, celui des assassins eux-mêmes. Une lecture indispensable, sans doute la seule, et salutaire. 
Raphaël VILLATTE
(04 février 2002

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