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Hors de l'Ombre : Cinéma
Affliction
Si l’on se fie aux apparences, Wade Whitehouse est un flic qui enquête sur un accident de chasse suspect. Mais en s’approchant, on découvre un homme miné par tant de drames et de tracas qu’il semble partir en croisade contre des ombres.
Titre : Affliction

Scénario : Paul Schrader

Réalisation : Paul Schrader

Sortie : 1997
Tous Droits Réservés
La vie est difficile pour Wade Whitehouse, officier de police dans la petite bourgade de Lawford, New Hampshire. Sa fillette ne veut plus venir le voir dans les hauteurs enneigées de son village natal, son ex-femme ne lui laisse qu'une maigre marge de manoeuvre, le travail est abrutissant, son insigne de policier n'est pas pris au sérieux. Et puis, il y a le passé. Le poids de l'enfance et de l'éducation à la très dure dispensée par Glen, le père alcoolique, aux crises de violence aussi imprévisibles qu'explosives. La compagne de Wade, Marge, le comprend et tente de lui venir en aide. Son frère Rolfe, professeur d'université, également. Malgré cela, les soucis tournent dans la tête de Wade. La vie est difficile, et il n'en voit guère le bout. Il doit déneiger les routes, accomplir les mille et une tâches qui permettent au village de vivre. Il fait traverser les enfants devant l'école. Déneige encore les routes. Jack, son jeune camarade, doit emmener un client chasser le daim dans les montagnes. Le client meurt, tué par son propre fusil. Devant la nervosité de son patron, l'homme d'affaires local, Wade fait mine d'enquêter. Parce qu'il sent les petites magouilles, et qu'il en a assez de voir toujours les mêmes s'en sortir tandis qu'il doit déneiger la route. A la mort de sa mère, Wade et Marge emménagent chez Glen. Wade emmène ses soucis d'adulte et ses intuitions de flic à la rencontre de ses vieux démons d'enfance. Glen ne s'est pas bonifié avec l'âge.

Ceci n'est pas un polar, dirait Magritte.
Pourtant, tous les ingrédients nécessaires à la confection d'un polar rural dans les règles y semblent réunis. Dans la neige, et sur fond de vieilles histoires de famille, on a vu Fargo et Un Plan Simple. On pourrait même ajouter qu'en réunissant de vieux routiers, tels que Paul Schrader (scénariste de Scorsese pour Taxi Driver, entre autres), Nick Nolte, James Coburn, Willem Dafoe et Sissy Spacek, le tout d'après un roman de Russell Banks, tout mènerait à l'univers du film noir tel qu'on se l'imagine dans les campagnes américaines. La désertification du monde agricole et la perte des valeurs ancestrales.

Bien sûr, certains de ces éléments y sont bien présents, notamment les derniers cités. Mais est-ce un film noir pour autant ? Pire, est-ce un polar ? Pas sûr, même sans en révéler le dénouement. Le déroulement du film flirte avec les classiques du genre : la voix-off de Willem Dafoe ouvre et clôt le film, introduit et conclut le propos. Wade Whitehouse est présenté dans les règles. En une seule séquence, on perçoit à la fois toutes les pressions auxquelles il est soumis, ainsi que sa difficulté à lutter contre elles. Sa douleur d'être séparé de sa fille, son sentiment d'échec, mais aussi son impuissance à résister à la violence, même lorsqu'il n'a pas tout à fait tort. Tout au long du film, Wade s'enfonce lentement, puis de plus en plus vite. Mais plus il s'avance, plus le monde lui semble s'emballer autour de lui, renforçant ses convictions et le poussant toujours plus avant.

L'obsession que Wade se crée autour de l'affaire de l'accident de chasse semble n'être qu'un petit facteur déclenchant au regard de toutes les bombes à retardement qui occupaient son esprit jusqu'au drame. Les petits tracas se muent en moulins à vent, et le déneigeur de routes de montagne se prend pour un shérif de western.
L'oeuvre de Russell Banks mettait déjà en avant la chaîne terrifiante qui unit dans la violence pères et fils par delà les générations. Ce lien, qui pourrait être confondu avec une prédestination, est exposé à la manière d'une tragédie. Les Whitehouse sont les Atrides de Lawford. Le châtiment de Glen, ainsi que celui de Wade, et de tous ceux qui les ont connus, sont terribles. Nul ne sort indemne. La violence n'épargne personne lorsqu'elle commence à se manifester et à s'installer au sein d'une famille.
Le film n'en est pour autant jamais démonstratif. Chaque personnage est d'une grande richesse, et l'on ne peut que s'attacher douloureusement à Wade, le gentil garçon rattrapé par le destin familial.

Les performances d'acteur sont toutes impressionnantes, et furent d'ailleurs reconnues (Oscar du second rôle pour Coburn, nomination du meilleur acteur pour Nolte, et ce dans de nombreuses compétitions). Schrader fait vivre, à l'aide de quelques personnages, l'univers complet d'une petite ville, ainsi que son passé. Tandis que Sam Raimi avait remarquablement utilisé la neige pour dépeindre l'isolement et la solitude, Schrader l'emploie pour étouffer chaque bruit, chaque cri. La douleur et la rage se ravalent, se contiennent. L'aliénation gagne lentement. On retiendra également la remarquable musique composée par Michael Brook, qui contribue à narrer l'histoire de Wade. Les thèmes restent gravés dans la mémoire, ainsi que les images d'hommes minéraux, rendus fous par leur propre dureté. 
Henry YAN
(14 novembre 2001)

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