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D'Oeuvre en Oeuvre : Bande Dessinée
Noaki Urusawa presents... 20th century boys
Coucou me revoilou... Après vous avoir présenté la dernière fois ce petit bijou qu'est Monster, je vais vous parler maintenant d'un autre titre de notre cher auteur.
Titre : 20th century boys

Scénario : Naoki Urusawa

Dessin et couleurs : Naoki Urusawa

Edition: Génération Comics

Sortie : 2002
Tous Droits Réservés
La série 20th century boys est la dernière en date de Naoki Urusawa et est toujours en cours de parution au Japon (nous en sommes au 4° tome en France). Tout comme pour Monster, la force de ce manga ne réside pas dans son intrigue de base (une fois encore fort classique, voire éculée, jugez plutôt : un groupe d’amis sauve la Terre de la destruction, un sujet plus que récurrent dans les productions nipponne et américaine - qui a dit Independance Day ?) mais dans son traitement. Cette fois-ci, l’auteur met rudement les nerfs de ses lecteurs en jouant en permanence avec la chronologie de l’action. Ainsi, au cours des trente premières pages du tome 1, Naoki Urusawa change sans cesse d’époque, passant allègrement de l’année 1973 au XXI° siècle, s’arrêtant ensuite en 1997 pour nous ramener enfin en 1969. De cette alternance continuelle et apparemment sans lien logique se dégage pourtant deux pôles principaux : le passé et le présent d’un groupe d’amis de jeunes japonais moyens, préadolescents enthousiastes puis trentenaires désabusés. C’est ainsi que l’on suit les pérégrinations, à première vue innocentes, de Kenji, le principal protagoniste de la série, et de ses amis, enfants aux rêves d’héroïsme devenus simples commerçants ou professeurs de lycée.

Quant à l’intrigue policière proprement dite, car il y en a une, l’auteur la développe grâce à ce permanent jeu temporel : Kenji, le héros, voit un beau jour son morne quotidien de gérant de convini (une sorte de superette) basculer dans l’horreur lorsqu’il s’aperçoit que le meneur d’une secte se faisant appeler « Ami » se sert d’une histoire abracadabrante de « superhéros » inventée par le jeune homme et ses amis dans leur enfance pour tromper l’ennuis des vacances d’été pour détruire la planète. Il n’aura dès lors de cesse d’essayer de s’opposer aux plans de ce mystérieux « Ami », non sans hésitation car, il le dit lui-même, il a grandi, il ne se prend plus pour un « héros ». Ainsi l’alternance continuelle entre passé et présent prend tout son sens : si le « présent » permet au lecteur de suivre le déroulement de l’intrigue, le « passé », quant à lui, permet de mieux saisir la genèse de la catastrophe imminente : ou comment les jeux anodins de l’enfance peuvent mener droit au cauchemar. En outre, au fil des pages, l’utilisation du temps devient moins rigide : on sort du cadre strict 1969-1997 pour aboutir à un dualisme plus général passé-présent qui prend en compte la réalité des différents personnages. Mais l’optique reste toujours la même : il s’agit d’expliquer pourquoi tel personnage agit de telle manière à la fin des années 1990 à la lumière de ce qu’il a vécu auparavant, ou même de montrer des événements passés qui ne prendront que plus tard dans la lecture une réelle signification. Cet art de la construction narrative, associé à un sens consommé de l’utilisation du suspens et des fausses pistes (des qualités déjà constatées dans Monster), tient le lecteur en haleine du début à la fin de chaque tome et fait de cette série un manga tout à fait exceptionnel.

Cependant, 20th century boys, n’aurait pas ce goût si délicieux si Naoki Urusawa n’avait pas su introduire dans son récit ces saynètes de la vie quotidienne qui, comme dans Monster, permettent non seulement faire des pauses au milieu d’un récit mené tambour battant mais d’accorder à chaque personnage, même le plus insigne, une place particulière dans le cœur des lecteurs. Ainsi, l’intrigue policière devient par moments véritable chronique du temps qui passe (le temps est véritablement la pierre angulaire de ce manga, vous l’aurez sans doute compris…) : il est difficile de ne pas être ému par la vie de ce policier, qui à cause de la passion qu’il voue à son métier, n’a jamais pu être à l’heure pour les événements importants de sa vie, les plus joyeux comme les plus terribles… Ce type de digressions n’amène rien au récit principal, mais lui confère néanmoins une profondeur toute particulière. Quant au dessin, il est peut-être plus fouillé que dans la série précédente, mais les principales caractéristiques restent les mêmes, tant au niveau du trait que de la mise en page : du grand art de mon point de vue.

A l’instar de Monster, 20th century boys est une série au rythme haletant, au cours de laquelle le lecteur est sans cesse assailli de nouvelles questions (Mais qui est donc « Ami » ? Quels sont ses liens avec Kenji et ses amis ? Quels sont ses véritables desseins ?), questions auxquelles les réponses qu’il croyait avoir trouvé s’avèrent bien souvent erronées… De même, le déroulement de l’intrigue est parfaitement mis en valeur par cette continuelle alternance entre le présent et le passé. Mais cette série est également une chronique douce-amère du temps qui passe : d’haletant, le récit devient par moments nostalgique, mélancolique. Enfin, si le soucis documentaire est moins présent que dans Monster, le cadre de l’intrigue reste très réaliste et s’attache à décrire les petits riens du japonais moyen. Voici donc les multiples qualités d’un manga de tout premier ordre (du moins à mon avis) qui a remporté en 2001 le prix Kodansha de la meilleure série, fait rarissime et donc remarquable car ce dernier n’est en principe décerné qu’aux productions de l’éditeur et Naoki Urusawa travaille pour une autre maison d’édition.

J’ai donc essayé de vous présenter brièvement deux séries qui figurent parmi mes favorites et de vous montrer par la même que « les mangas, ça n’est pas que… » ! Dans l’une comme dans l’autre, Naoki Urusawa utilise des concepts pour le moins éculés (la poursuite d’un serial killer et le sauvetage du monde) qu’il enrichit par un grand art de la narration et du suspens, dépassant ainsi les limites du simple récit policier pour en faire des œuvres « totales », où le quotidien côtoie l’extraordinaire, où la chronique interrompt l’intrigue policière, où les personnages deviennent de véritables êtres de chair et d’os, avec leurs doutes et leurs défauts, où le réel soucis documentaire le dispute à la fine analyse psychologique… Maintenant, il est temps de vous souhaiter bonne lecture, enfin j’espère vous en avoir donné envie du moins !   
Soizic CROGUENNEC
(23 décembre 2002)

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