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D'oeuvre en Oeuvre : Littérature
1977
Après 1974, David Peace livre le deuxième volet de la tétralogie du Yorkshire. Région de Leeds, 1977, la famille royale fête le jubilé et sous le défilé d'Union Jack brandis par les sujets, l'éventreur du Yorkshire poursuit son ouvrage macabre : « Avertissez les prostituées de ne pas sortir, car je sens que ça me revient ».
Titre : 1977

Auteur : David Peace

Editeur : Rivages / Thriller

Sortie : 2003
Tous Droits Réservés
Jack l'éventreur fait des émules. Toute l'Angleterre s'apprête à fêter comme il se doit le jubilé en cet an de grâce 1977. Chacun à sa façon. Les ouvriers profitent du congé pour vider le plus de chopes possibles, certains préfèrent braquer des bureaux de poste, et un individu assouvit sa haine féroce des prostituées en menant sa chasse. Une jeune fille de joie est retrouvée morte par un livreur de lait un dimanche matin, dans un parc public. De nombreux coups et blessures, violée... Le modus operandi ressemble étrangement à plusieurs agressions et meurtres perpétrés depuis 1975 sur des prostituées. Dans une lettre anonyme, celui qu'on nomme déjà l'Eventreur du Yorkshire, pastiche son célèbre aîné Jack et annonce que son travail n'est pas terminé : « Avertissez les prostituées de ne pas sortir, car je sens que ça me revient. »

Bob Fraser, marié et père, policier de son état au centre de Millgarth, commence son investigation sur ce tueur en série en espérant que sa prochaine victime ne sera pas Janice, la femme qu'il aime. Jack Whitehead, ivrogne reconnu et reporter criminel pour le Yorkshire Evening Post part comme à son habitude à la recherche du scoop et de l'information confidentielle. Les deux enquêtes vont les mener toujours un peu plus loin dans le macabre et le sordide, et nul doute qu’ils n’en sortiront pas indemnes non plus.

Plus noir que noir. David Peace se veut le chroniqueur des années 70 et 80 et à ce titre il se base sur des faits historiques.1974 avait pour thème central les disparitions des jeunes filles. Ici, l'intrigue tourne autour d'un tueur en série, nommé « l'éventreur du Yorkshire », moins connu sous son vrai nom, Peter Sutcliffe, qui a assassiné au moins 13 femmes entre 1975 et 1981. Sutcliffe avait été interrogé plusieurs fois par les autorités, avant d'être disculpé et jugé inoffensif. Il fut repris au bras d'une prostituée. L'auteur rappelle après un hommage aux victimes et aux personnes ayant participé à l'enquête que ce livre n'est qu'une fiction.

La noirceur de ce récit est à la hauteur du personnage historique et de ses agissements. David Peace dépeint une nouvelle fois une Angleterre sombre, où il ne fait vraiment pas bon vivre. Le temps exécrable, les pubs miteux, les quartiers pauvres où « haine » est inscrit sur les murs de briques. Les cauchemars ont remplacé les rêves. L'univers est à dominantes rouge sang et noir, imbibé d'alcool et de bile. Les descriptions des meurtres sont précises et cruelles, les agissements des personnages sont symptomatiques d'un mal-être et d'une vie sans réel avenir. Si le premier opus était sombre, celui-ci nous emmène dans le chaos.

Chien de garde. Le traitement de la condition féminine devrait faire rugir quelques associations. Les prostituées, personnages principaux du récit, représentent la majorité de la gente féminine, la plus attirante aux yeux des protagonistes, Whitehead et Fraser (ils en tombent amoureux, quitte à ce que leurs sentiments tournent à l'obsession). Les femmes sont des objets décoratifs dans les pubs pourris du centre de Leeds. L'éventreur prend un malin plaisir à leur fracasser le crâne... La seule innocente n'est autre qu'une jeune femme de 16 ans, assassinée par notre tueur, un « dommage collatéral ». La gent masculine n'est pas oubliée. Une bande de tricards alcooliques, racistes, paranoïaques passant leurs nerfs sur des innocents. Ils sont flics corrompus, macs, indics ou reporters miteux, au mieux aveugle ou collectionneur de revue porno trash.

Je t'aime moi non plus. Trash est peut être le mot qui résume le mieux ce récit. La façon d'écrire, ce style télégraphique, épuré, mais terriblement visuel, la façon efficace de rendre l'action par les dialogues, limitant les descriptions aux côtés sordides des choses et la cruauté de certaines scènes, font que ce récit est à mettre à part dans le livre noir. Peu de romans arrivent à installer un malaise chez le lecteur et celui-ci en fait partie. David Peace est l'un de ces écrivains qui poussent leur art à l'extrême pour être sur de dépasser les limites du lecteur. Cette descente aux enfers peut plaire, ou ne pas plaire, mais en aucun cas elle ne laisse indifférente. 
Vincent LAPERE
(21 avril 2003)

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