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Hors de l'Ombre : Cinéma
The Fountain
Défendre The Fountain. Difficile mission que se fixe l'auteur de ces lignes, tant il va sembler impossible de trouver des qualités là où beaucoup n'ont vu, dans le meilleur des cas, que des faiblesses. Surtout lorsque le cinéaste lui-même reconnaît avoir été largement trahi par l'intendance pour réaliser son projet-phare ! De l'invention d'une nouvelle catégorie : après le has been, le should have been.
Titre : The Fountain

Réalisation :
Darren Aronofsky

Interprètes : Hugh Jackman, Rachel Weisz, Ellen Burstyn

Sortie : 2006

Disons-le tout net : The Fountain n'est pas ce qu'il aurait dû être. Ce n'est pas moi qui le dis, c'est son auteur, Darren Aronofsky. Lancé dès la sortie de Requiem for a Dream, le précédent opus acclamé, le projet était promis, assez rapidement, à la même course d'obstacles que celle qui avait fait trébucher plusieurs fois l'adaptation d'Hubert Selby Jr. Il est à noter que nombre de films ont gagné, de par les aberrantes difficultés de leur tournage, une spectaculaire popularité, ou pour le moins le droit d'ajouter le terme de « culte » à toute dénomination les concernant. Ainsi du Shock Corridor de Fuller, ou de la Soif du Mal de Welles, ou encore de nombre de films de Peckinpah. A tel point que certains auteurs en ont gagné, eux, une réputation de cinéastes difficiles, démesurément exigeants, ou de génies persécutés. Il s'agit parfois des mêmes, et nous pouvons citer derechef Fuller, Welles et Peckinpah. Faut-il ranger l'avenant Darren Aronofsky dans cette catégorie, qui semble jusqu'ici plutôt hantée par des gueules cassées du cinéma ? Peut-on le rapprocher d'un Abel Ferrara, ou d'autres grands martyrs de la table de montage, souvent caractérisés par une vie privée tumultueuse et des destins sombres ? Ne le lui souhaitons pas. L'homme demeure un être mesuré, discret et poli dans ces propos, qui semble préférer s'exprimer par l'image que par le discours paratextuel.

Cela étant dit, après deux films accouchés dans la douleur, on sera prié de savourer The Fountain, car si le prochain projet d'Aronofsky ne s'avère pas plus grand public, il est à parier que l'on pourra le découvrir à l'horizon 2013 au plus tôt. Ce serait dommage. En effet, si l'on accepte de voir l'oeuvre pour ce qu'elle est à présent (l'auteur de ces lignes imaginant facilement que, comme nombre des oeuvres précédemment citées, de nombreuses versions, toutes plus approuvées par le réalisateur les unes que les autres, sortent dans les décennies à venir), on ne peut qu'oublier l'odeur de soufre qui pourrait entourer un tournage « sensible ». Rien de religieux, rien de politique, rien d'exagérément violent ou pornographique, bref, rien qui puisse faire trembler le studio moyen. Rappelons même qu'à l'origine, le projet devait être porté par la présence de Brad Pitt, ce qui eût garanti bon nombre d'entrées. De ce côté, le spectateur avide de chemins de traverses en sera pour ses frais, nous ne sommes pas en présence d'un film dérangeant.

Que reste-t-il ? Pourquoi tout ce bruit ? Pour rien ? On pourrait le dire. L'attente était tendue depuis des années, tant le Requiem avait marqué les esprits, au point de devenir l'un des films culte de la génération Fight Club. On attendait un choc, une mise en scène bouleversante, un montage époustouflant, des thèmes émouvants et un propos adulte, sans concession ni politiquement correct. On avait tant admiré les acteurs qui s'étaient embarqués à bord de l'Arche de Darren, de Ellen Burstyn à Jennifer Connelly, en passant par Jared Leto et même Marlon Wayans (eh oui), leur courage, leur conviction, qu'on attendait avec impatience la suite, quelle qu'elle fût. Reconnaissons que ce type d'état d'esprit du public n'aide parfois pas à la réception sereine d'une oeuvre. Nombre d'artistes sont ainsi mal compris, lorsque après une oeuvre aussi marquante, ils souhaitent se réorienter, explorer de nouveaux territoires et réinventer leur langage artistique. En s'aventurant dans les domaines mystique et philosophique, Aronofsky prenait un risque énorme. Dans ce registre en effet, seule la réussite brillante est acceptée. L'effleurement du sujet y est toujours stigmatisée et la demi-réussite impitoyablement châtiée. En son temps, Kubrick ne reçut pas que des couronnes de laurier pour son 2001 , et l'approche poétique de Malick est fréquemment incomprise par nombre de critiques qui préférèrent Il faut sauver le soldat Ryan à La Ligne Rouge, et Titanic au Nouveau Monde.

Aronofsky échoue-t-il ? Probablement. Si l'auteur de ces lignes ne peut donner une réponse définitive, c'est sans doute en raison de son inculture dans les domaines mystique et philosophique, mais peut-être aussi parce que l'impression que le message n'est pas loin de passer l'habite depuis le visionnage. Comprenons-nous, la thématique générale du film est fort compréhensible : l'amour plus fort que la mort, l'aveuglement de la recherche du bonheur, ainsi que le doute sur la recherche scientifique, sans oublier les questions fondamentales sur l'homme au sein de l'univers, tous ces thèmes fameux sont ici servis par une fable fort lisible, bien que narrée sur trois niveaux. Structurellement d'ailleurs, rien de difficile à suivre, certaines oeuvres de Tarkovski (auxquelles le film fait forcément penser) semblent souvent plus ésotériques. L'esthétique choisie est plutôt de bon goût, si l'on tolère les positions de yoga adoptées par Hugh Jackman, ou sa brève démonstration de Tai Chi sur fond d'étoiles. La direction d'acteurs est à la mesure de l'interprétation elle-même, Jackman ne ratant pas une nouvelle occasion de montrer qu'il sait faire autre chose que sortir les griffes, Rachel Weisz toujours lumineuse, et Ellen Burstyn, indétrônable.

Que manque-t-il, alors ? Ou qu'est-ce qui est en trop ? Admettons que la séquence finale se répète, et qu'un montage plus efficace aurait laissé le spectateur dans l'état correspondant au message du film. Il est certain qu'à trop vouloir boucler la (les) boucle(s), l'auteur a, l'espace de quelques minutes, perdu le contrôle de la machine. Cependant, il nous amène à bon port. Après tout, ce n'est pas un mince exploit ! L'auteur de ces lignes n'étant ni religieux ni mystique, et d'une rare inculture philosophique, il sortit pourtant séduit par le voyage. D'aucuns objecteront qu'il ne s'agirait alors que d'un divertissement sur fond de thématique philosophique excessivement connue. Et alors ? S'il ne s'agissait que d'une relecture agréable à l'oeil de Kubrick ou Tarkovski, ne serait-ce pas un pari à moitié gagné ?

Raphaël VILLATTE
(Avril 2007)

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