Dans
les locaux flambants de la Casa de Francia, le maître de
cérémonie,
Christian Moire, accueille le Festnoire pour sa clôture.
Le public et l'ambiance changent encore pour se fondre avec l'autre événement
du moment, le Mois de la BD en France, organisé par l'Ambassade
de France. Ce soir, on interrogera donc deux français,
Didier Daeninckx et Fabien Vehlmann, jeune scénariste
de BD et de cinéma. Les expériences comparées
des deux auteurs sont différentes, et suscitent souvent
la jalousie amicale du cadet : Didier Daeninckx est en effet
venu à la BD par le maestro Tardi, pour l'adaptation
du fameux Der des Ders . Leurs parcours est inverse.
L'ancien ouvrier imprimeur Daeninckx a été mis au chômage
par le bouleversement de son métier, une noble caste ouvrière,
tandis que Fabien Vehlmann reconnaît avoir débuté "du
côté sombre de la force", dans une école
de commerce. La littérature s'est imposée d'elle-même
pour chacun, comme un moyen d'échapper à la réalité pour
le plus jeune, et de s'affronter à elle pour le plus capé.
La rencontre avec l'image était recherchée pour
Vehlmann, fortuite et heureuse pour le touche-à-tout Daeninckx.
Le travail avec Tardi revient périodiquement au centre
des conversations. Didier Daeninckx avouera n'avoir jamais eu
de conflit avec un illustrateur, et surtout pas avec Tardi, qui
lui envoyait des kilomètres de fax de propositions de
personnages, décors, ambiances et accessoires divers. "Un
vrai catalogue Manufrance" dans lequel le scénariste pouvait
modeler une vision conforme au roman original. Le choix de l'efficacité s'est
cependant fait sentir, supprimant un certain nombre d'intrigues
secondaires pour mieux coller aux impératifs de la BD.
Le thème de la responsabilité de l'auteur resurgit
au hasard des propos de Fabien Vehlmann, à qui il est
demandé de présenter la place qu'il accorde au
travail documentaire. S'il y était réticent au
début, il reconnaît y avoir considérablement
pris goût, et avoir parfois du mal à ne pas s'y
perdre, risque connu également par Didier Daeninckx. Cette
rigueur dans le travail documentaire amène à une
conscience toujours plus aiguë de la portée de ce
qu'un auteur couche sur le papier. Fabien Vehlmann rejoint ici
son aîné sur la route de l'exigence qui ne saurait
s'amenuiser avec le temps. Le débat se déroule
paisiblement. Les deux auteurs s'accordent, se retrouvent, et
se découvrent des points de convergence de gens de bonne
compagnie. On tentera bien de les opposer, Daeninckx l'intègre,
l'homme d'expérience contre Vehlmann le mercenaire, le
touche-à-tout hésitant. Mine désamorcée
par le premier, qui rappelle son propre éclectisme littéraire,
et écartée par le second, qui confesse que le statut
officiel d'auteur lui a donné le confort matériel
et la reconnaissance de ses proches, assumant ainsi pleinement
le bonheur d'être auteur, quitte à devoir s'adapter à l'air
du temps.
Ainsi s'acheva, dans les sourires du
public et de la tribune, le Festnoire 2006 de Mexico, une cuvée
riche et toujours surprenante, aux arrière-goûts
inattendus et profonds. Un brin de nostalgie courait sur les
visages, après une belle quatrième édition.
Le souvenir d'échanges vifs et chaleureux, de confrontations
fortes, d'amitiés latines, ainsi que la mémoire
des éditions précédentes, celles des temps
héroïques, et de son infatigable et passionné fondateur,
Emmanuel Rivière. Chacun espérait, à l'heure
de la despedida (adieux), se retrouver encore
dans un an, autour d'une nouvelle escadrille de pilotes
de la Noire... Quien Sabe?
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