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Cahiers Thématiques : Festnoire 2006, Festival du polar franco-mexicain
Festnoire 2006, jour 1 : Alianza Francesa de San Angel, 14 novembre
Pour sa quatrième édition, le Festnoire de Mexico accueille une nouvelle escadrille de de pilotes de la littérature noire de haut vol. Autour du thème "Manipulations et littérature noire", Rolo Diez, Myriam Laurini, Francisco Haghenbeck, Bernardo Fernandez, et le français Didier Daeninckx, invité d'honneur de l'événement, se retrouvent dans les lieux familiers du festival franco-mexicain.o

 

Première soirée : Inauguration à l'Alliance Française de San Angel.

Le lieu est familier, l'ambiance familiale. Presque dès sa création en 2003 par Emmanuel Rivière, le Festnoire a tissé ses liens entre les institutions et les auteurs, entre l'Ambassade de France à Mexico, l'Alliance Française locale et le Ministère de la Culture mexicain. Rien d'étonnant à débuter les débats à portée de pavé de la remuante UNAM (Université nationale autonome de Mexico). Les invités du jour composent un panel surprenant en terre de Villa et Zapata : en effet, seul le Mexicain Haghenbeck, rejoint plus tard par son ami Bernardo Fernandez, représentera le pays d'accueil de l'événement. Rolo Diez et Myriam Laurini, cependant, sont également en terre d'accueil au Mexique : Argentins ayant fui l'Argentine de Videla, ils ont beaucoup à dire, en compagnie de leur vieille connaissance Didier Daeninckx, sur les zones d'ombres du pouvoir et le lien indispensable entre littérature et éveil des consciences populaires.

La rencontre commence plutôt paisiblement autour de l'exergue de Meurtres pour Mémoire : "En oubliant le passé, on se condamne à le revivre", écrivait alors le jeune Daeninckx. Comment des auteurs contemporains (re)lisent-ils pareille assertion? Au-delà du consensus évident, chaque représentant décline ses observations. De l'amnésie collective des populations argentines et mexicaines au parcours flamboyant d'un criminel contre l'humanité au sein de l'état français, les auteurs de ce soir se présentent tout d'abord comme des témoins de leur époque, curieux et incapable de se rendormir, que cela apparaisse dans leurs ouvres ou non. Toujours aussi modeste, Myriam Laurini prétend n'écrire que ce qui lui passe par la tête et se dit incapable d'écrire concrètement sur les faits actuels. Pourtant, son travail sur les tueurs les plus féroces de ces dernières années dans la ville de Mexico ne peuvent être exonérés de portée pour le moins sociale, dans un contexte politique où même les crimes crapuleux mènent fréquemment à des cercles de pouvoir. La température monte peu à peu. Rolo Diez rappelle que son passé de prisonnier politique l'a amené à écrire nombre de nouvelles directement en prise avec la réalité argentine de son temps. Francisco Haghenbeck délivre un scoop qui laisse la salle pantoise : l'existence, dans les années de la seconde guerre mondiale, de camps de concentration pour les ressortissants allemands et japonais. Parmi les victimes : son propre grand-père. Cette découverte l'empêche à présent de travailler sur un autre sujet. Les débats portent ensuite sur la difficile question de la réception du roman policier engagé. Bien entendu, il est difficile pour un auteur d'évaluer l'impact qu'il a sur son public, et les invités font assaut de modestie et de pudeur, mais en les poussant un peu, ils concèdent que la visée militante de la fiction policière telle qu'ils l'envisagent porte ses fruits. Le public français connaît les conséquences importantes des publications de Didier Daeninckx. L'auteur a été l'un des tout premiers, du fond de la Série Noire, à attirer l'attention sur les victimes du 17 octobre 1961, sur la survie administrative obscène de Maurice Papon, sur les expositions coloniales de Kanaks, et tant d'autres. Oui, la littérature noire a une efficacité redoutable, et lorsqu'elle trouve son public, sa vision de la société et de ses complexités fait mouche. Les lecteurs de nos invités sont tout sauf naïfs, et recherchent de plus en plus dans leurs lectures noires le rayon de lumière "laser", pour reprendre l'expression de Didier Daeninckx, qui pointe avec la plus grande précision les manquements et les hésitations de l'Histoire d'aujourd'hui. La place dans la lignée littéraire se devait d'être abordée. Les auteurs rassemblés se retrouvent sur nombre de références de lecture de jeunesse, de Conan Doyle à Taibo, et de Simenon à Primo Levi. Les frontières se brouillent, mais ce n'est pas nouveau. L'un des points saillants de notre rencontre est certainement l'évidence que les étiquettes génériques tendent à perdre de leur validité lorsque l'on s'approche de l'artiste. Les parcours, pour semblables qu'ils soient, mettent en lumière de véritables intellectuels, qui choisissent délibérément les procédés d'un genre volontiers décrié pour en récupérer l'efficacité. En guise de conclusion de la soirée, une légère houle passe dans le public lorsque l'on revient sur le thème principal du Festnoire. Rolo Diez, notamment, attire l'attention générale sur le parallèle que lui inspire le travail de Didier Daeninckx et les récents événements politiques mexicains. Alors que le Zocalo de Mexico accueille encore les tentes du candidat défait Lopez Obrador, Diez rappelle la campagne de violent dénigrement dont le représentant d'une certaine gauche mexicaine a été victime. Le public, peut-être mal à l'aise, certainement concerné et pas du tout naïf, lui oppose deux parallèles : la droite du président élu serait-elle la seule à manipuler? Les sourires refleurissent. Les politiques seraient manipulateurs. Soit. Et les écrivains? Rolo répondra placidement que la manipulation des artistes est "buena onda" ("sympa, bon esprit"). Didier Daeninckx enfonce le clou en soulignant le lien très particulier qui unit le lecteur à son livre. Une relation de solitude, exclusive. Pas de commentaire en allant, pas de dialogue. Le cerveau et le papier. Jouant sur les mots, Didier rappelle que "le lecteur peut, en refermant le livre, mettre fin à la manipulation quand il veut, tandis que l'électeur, lui, non.". La soirée se poursuivit par le traditionnel échange amical au-dessus d'un verre de vin, où le public et les auteurs n'hésitèrent pas à prolonger les débats. Le Festnoire s'endormit peu après, paisible, heureux d'avoir encore réuni auteurs et public autour d'une petite étincelle noire.

>> Jour 1 - Jour 2 - Jour 3

Raphaël VILLATTE
(Novembre 2006)

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