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Cahiers Thématiques : Festnoire 2005, Festival du polar franco-mexicain
Festnoire 2005, 23 novembre : Andrés Acosta, Pascal Dessaint, Claude Mesplède
Nouvel endroit, nouvelle ambiance. L’Institut Français de l’Amérique Latine (IFAL), avec son entrée très lounge et son vaste auditorium, a proposé aux auteurs une véritable respiration dans les débats, avec une séance résolument plus légère, bon enfant, et chaleureuse. Animée par Christian Moire, responsable du Livre à l’Ambassade de France, la session du genre devait aborder la critique sociale dans le genre policier, ainsi que ses différentes expressions. Y a-t-il un polar engagé ?
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De gauche à droite,
Andres Acosta, Christian Moire, Claude Mesplède et Pascal Dessaint.

Avant toute chose, Claude Mesplède reprend gentiment son interrogateur sur l’éternelle querelle terminologique, de la multiplicité des étiquettes qui désignent les facettes du genre telles que le roman à énigme, le roman à suspense, le roman noir, le roman d’espionnage, le roman judiciaire, le roman de procédure judiciaire, le roman policier historique… Claude est à l’aise, sur son terrain de prédilection, et fait le rappel, sur un mode plus qu’enjoué, de l’étymologie de chaque genre, en insistant sur le fait que le « roman noir » n’est autre qu’une invention française qui s’est exportée en tant qu’expression, mais n’a jamais été véritablement délimitée sur le plan générique. Ah, la notion de genre ! Le serpent de mer, l’éternelle terreur des colloques, la bête noire des thésards, le bourreau du classificateur, qui se perd irrémédiablement dans les ramifications successives des sous-genres et des micro-genres. Claude Mesplède choisit le rappel bref, pour mieux rappeler qu’au fond, le plus important est de considérer ces textes comme de la littérature, et pas de leur accoler une étiquette pour les disqualifier, ce dont il est souvent réellement question.

Le tour de chauffe étant fait et bien fait, Andrés Acosta prend la parole. Auteur prolifique, il a déjà à son actif plusieurs romans tels que No volverán los trenes(1998) pour lequel il a obtenu « el Premio Nacional de Novela Corta Josefina Vicens » ainsi que des récits brefs comme Afuera están gritando tu nombre (1991), Solitarios y podridos (2003) qui a reçu « el Premio Latinoamericano de Cuento Benemérito de América ». Sa dernière œuvre Doctor simulacro, finaliste du « Premio Nacional de Novela, una vuelta de tuerca 2005 », dans le genre policier, traite avec un humour bigarré et quelques pincées incisives la « justice-spectacle ». Andrés fait un constat proche de ses nombreux collègues mexicains sur la source d’inspiration, hélas inépuisable, que constitue le pays pour ses enfants. Lui aussi évoque la mascarade politique locale, qui voit les pires brigands accéder à la célébrité et parfois, au pouvoir. Dans cet esprit, son Doctor Simulacro, un essai sur la justice qui s’est transformé au sein du roman en fiction, et qui n’est autre que la thèse jamais écrite par Raskolnikov, le héros de Crimes et châtimentsde Fiodor Dostoïevski. L’ancien juriste qu’est Andrés Acosta adopte une position moraliste, au meilleur sens du terme, dégagé de tout faux semblant, mais terriblement désabusé. L’auteur fait preuve d’un humour à froid savoureux, différent de la truculence enflammée d’autres auteurs mexicains, mais remarquablement juste. C’est son pays, le Mexique, doté d’une réalité humoristiquement noire qui nous fait exploser de rire et par la suite fondre en larmes, qui l’a incité à se consacrer à l´écriture et à explorer au cœur de la narration les démons de la société. On ne manquera pas, plus loin dans la soirée, de lui faire remarquer qu’il prend des risques à s’exposer ainsi. La réponse fuse avec humour, une fois de plus: contrairement à un journaliste, dont le romancier se fait souvent le relais, ce dernier ne risque pas grand-chose en écrivant, pour la simple raison que les politiques, dit-il, ne lisent pas ! Une explication qui déclenche l’hilarité de la salle, bien entendu.

C’est ensuite au tour de Pascal Dessaint d’être interrogé sur ses engagements. Bien qu’il conçoive que « certaines choses ne peuvent pas passer dans le roman », il admet que « l’on écrit ce que l’on est » et insiste sur le vécu de l’auteur, vecteur souvent d’une émotion particulière, d’une émotion traumatisante. Représentant de la nouvelle génération du polar français, succédant à des maîtres toujours jeunes, il n’est évidemment pas, à 42 ans, de la génération de mai 68, qui a tant marqué le néo-polar. Sous les pavés, la plage : Pascal Dessaint, auteur au parcours atypique, qui a pris tous les risques et s’est lancé corps et âme dans la littérature, a découvert presque par hasard qu’il écrivait du polar, en lisant ses premiers polars à 25 ans. Toutefois, et bien que ses romans actuels fassent indiscutablement partie de la famille noire, l’auteur n’en est pas moins un citoyen du monde, qui ne peut rester passif devant les dégradations subies par la planète. En parallèle de ses romans, il présente un recueil de « Chroniques vertes et vagabondes », Un Drap sur le Kilimandjaro, ouvrage d’interrogations et de remises en causes salutaires. Le va-et-vient entre les préoccupations militantes et la fiction n’est pas sans conséquences : son dernier roman, Loin des Humains, ne prend-il pas l’explosion d’AZF et ses terribles conséquences pour toile de fond ? Claude Mesplède acquiesce. Le réel social ne peut guère être tenu à distance. Dans son unique roman, le Poulpe Cantique des Cantines, il revenait sur son passé de militant syndicaliste, qui l’avait vu mettre un terme à certains trafics syndicaux. La corruption existe, en France aussi, lance-t-il avec arrière-pensées.

Tel est le ton. La légèreté, l’humour surgissent constamment, comme lorsque Pascal Dessaint confesse que l’écriture l’a sûrement sauvé de la folie, que Claude Mesplède évoque le genre policier dans ses excès soporifiques « derrickiens », ou que Andrés Acosta charge avec virulence le couple présidentiel mexicain, mais le rire a une teinte d’amertume, tant le constat demeure pessimiste. Somme toute, rappelait Claude Mesplède, cette préoccupation pour le malaise social est à n’en pas douter le principal critère de classification du polar.

>> Quatrième jour
Cathy FOUREZ et Raphaël VILLATTE
(décembre 2005


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